Céline était là.
Elle avait revêtu des vêtements amples que Virginie n’avait jamais vus sur elle.
Virginie était partagée entre le désir violent de l’enlacer et celui de la fuir. De nouveau.
- Je suis tellement heureuse de te revoir, Virginie. Après tous ces longs mois sans nouvelles de toi. Nous avons tant de choses à nous dire.
- Je crois que tout a été dit, Céline. Que fais-tu à Lille ? Où sont Amélie et Grégoire ?
- Ils sont sortis pour nous laisser en tête à tête. Pour me laisser une chance.
- Une chance ? De quoi parles-tu ?
- Une chance de te parler. Une chance de te convaincre. Une chance de te reconquérir.
- Tu es directe. Tu ne perds pas de temps.
- Le temps sans toi, c’est du temps perdu, Virginie. Je ne veux plus perdre de temps.
- Je vois à ton état que tu n’en as pas perdu. Tu es enceinte n’est-ce pas ?
- Oui. De cinq mois.
- Ainsi tu l’as fait. Tu es la maîtresse de cet homme. De ce Jean Lissajoux. Il est le père de ton enfant.
- Non, tu te trompes. Je ne t’ai pas trahie. Je te suis restée fidèle pendant tous ces mois. Aucun homme ne m’a touchée depuis que je te connais. Je n’ai plus envie qu’un homme me touche depuis que je te connais.
- Pourquoi me rester fidèle ? Il n’y a plus rien entre nous. Tu es libre de vivre ta vie comme tu l’entends. Et avec qui tu veux.
- Ma vie, je veux la vivre avec toi et avec notre enfant.
- Mais moi, je ne veux plus vivre avec toi. Et ce n’est pas mon enfant. D’ailleurs, je ne t’aime plus. J’ai rencontré quelqu’un...
- Tu mens. Je sais que tu mens.
- Et comment peux-tu le savoir ? Nous ne nous sommes pas vues depuis plus de six mois.
- Ludovic me l’a dit.
- Ludovic ? Quel Ludovic ? Je ne connais aucun Ludovic. A part cet informaticien qui a logé pendant quelques jours dans la même pension de famille que moi. Mais comment le connais-tu ?
- Ludovic est le frère de Grégoire.
- Le frère de Grégoire ? Je ne comprends rien. Pourquoi a-t-il joué cette comédie de l’amoureux transi ?
- Virginie, je t’en prie asseyons-nous et laisse-moi t’expliquer. Laisse-moi te raconter ce qu’a été ma vie pendant ces derniers mois. Ensuite tu feras ce que tu voudras.
- Je t’écoute. Mais par curiosité. Uniquement.
- Je vois que tu m’en veux et tu as raison de m’en vouloir. J’ai été aveuglée par l’amour que j’éprouve pour mon père. Je croyais qu’il avait changé. Qu’il avait accepté notre relation. Quand il m’a juré qu’il n’était pour rien dans cette histoire de pollution, je l’ai cru. J’avais tellement envie de le croire. Mais il m’a déçue, comme d’habitude. Mais c’est la dernière fois. Je ne serai plus son jouet. Parce que cette fois-ci, j’ai failli tout perdre. J’ai failli te perdre.
- Tu m’as perdue.
- Non. Je sais bien que non. Bien sûr, tu as eu des paroles si dures. Que tu avais du mal à envisager notre relation. Que nous étions trop différentes. Que je resterais toujours une hétéro. Que tu n’étais plus sûre de rien. Que je finirais un jour par te quitter pour un homme. Comme si, toi, tu ne risquais pas, un jour, de tomber amoureuse d’une autre femme. Mais tu ne m’as pas dit que tu avais cessé de m’aimer.
- C’est trop difficile de t’aimer, Céline.
- Non, ce sera facile désormais. Bien sûr, je t’ai détestée de m’avoir abandonnée comme ça, au milieu de ce champ pollué. Mais je me suis haïe encore plus de ne pas t’avoir retenue. Après que tu m’aies quittée, j’ai rompu avec mon père. Je ne lui ai donné aucune explication. A quoi bon d’ailleurs ? Il est incapable de comprendre ce qui ne se rapporte pas à l’argent, à Phénicie, à ses magouilles. Je voulais te retrouver. Mais personne ne savait où tu étais. Tu avais donné des instructions à ton père de ne rien dire. Il les a respectées.
- Je n’avais pas d’adresse. Pendant plus d’un mois, je suis allée de ville en ville pour essayer de trouver un emploi. Je suis arrivée à Lille au début du mois de juin.
- Oui, je l’ai appris plus tard. Ton numéro de portable n’était plus valable. J’étais désemparée. Alors, j’ai pris la décision de quitter Marseille. En quelques jours, j’ai démissionné de mes fonctions à Phénicie, j’ai vendu mon appartement et tous les objets qu’il contenait. J’ai décidé de faire table rase de mon passé. Sauf de toi. Et de notre projet de bébé. J’ai pris l’avion pour Londres.
- Pourquoi Londres ?
- De Londres, j’ai pris un avion pour New York. Là, j’ai contacté une clinique spécialisée dans les procréations médicalement assistées. Les américains sont pragmatiques. Ils savent qu’il y a un marché. Ils sont très efficaces. Dans cette clinique, il y avait les meilleurs médecins, les meilleurs infirmiers. Ils se moquaient de savoir si j’étais mariée ou non. Du moment que je payais. Ils m’ont d’abord fait choisir le géniteur. Le choix était immense. Je pouvais choisir la race, l’âge, la profession, le milieu social, la couleur des cheveux ou des yeux. J’ai choisi un homme de trente ans, brun, aux cheveux bouclés, aux yeux noisette. Naturellement, je ne l’ai jamais vu, pas même en photo, et je ne connais pas son nom. Tout ce que je sais de lui, c’est que c’est un américain d’origine italienne ou espagnole, ingénieur, marié et déjà père. Cela correspond presque à la moitié de l’Amérique. Je l’ai choisi en fonction de la description, assez précise, qui figurait sur les listes qu’ils m’ont présentées.
- Tu as choisi un homme qui me ressemble.
- Oui, Virginie. Je voulais que l’enfant que je porte te ressemble. Ils m’ont fait passer des examens. Ils m’ont donné la date très précise de l’insémination artificielle. Quelques semaines plus tard. Cela leur laissait le temps de recueillir le “matériel” comme ils disaient. Suffisamment pour plusieurs essais. Quand je suis revenue, j’ai eu droit à la démonstration de l’efficacité américaine. Il n’y avait que 25 % de chances pour que cela marche dès la première fois. Mais j’avais une telle envie de ce bébé... Je suis restée cinq jours. Quand j’ai quitté la clinique, j’étais enceinte.
- Nous sommes loin de notre bricolage avec Thomas !
- Oui. Tu vois, je n’ai pas demandé à Jean Lissajoux de me faire un bébé. D’ailleurs, si je l’avais fait, il aurait dû, comme Thomas, se masturber dans une petite tasse... Tu souris. Comme c’est bon de te voir sourire !
- Et ensuite ? Qu’as-tu fait ensuite ?
- Je suis revenue en France. Mais je ne savais pas où aller. Je n’avais plus de domicile. J’ai loué un pied-à-terre meublé à Paris. Et j’ai cherché un moyen de te retrouver. J’ai téléphoné à des dizaines de boîtes de BTP. Je n’ai essuyé que des échecs. J’avais l’impression de chercher une aiguille dans une botte de foin ! J’ai pensé supplier ton père. Mais je savais que c’était inutile. Je devenais folle, enfermée dans cet appartement minuscule avec la seule compagnie du téléphone et d’internet à rechercher les boîtes de BTP. J’ai perdu espoir. Je me suis dit que jamais je ne pourrais te retrouver. Mais il me restait mon bébé. Pour lui, je ne devais pas flancher. Alors, j’ai décidé de voyager à travers l’Europe. Dans tous ces hôtels, j’ai eu cent fois l’occasion de t’oublier. Mais je n’ai cédé à aucun des hommes que j’ai croisés. Et puis finalement, j’ai décidé d’aller à Venise. De retourner dans l’hôtel où nous étions descendues. Tu t’en souviens ?
- Bien sûr, Céline. Je me souviens de tout.
- J’ai réussi à obtenir la même chambre. Mais là, ça faisait vraiment trop mal. J’en suis sortie en pleurant. C’est là, dans le couloir de l’hôtel, devant la porte de ma chambre, que je les ai rencontrés.
- Qui as-tu rencontré ?
- Amélie et Grégoire. Ils s’étaient offerts un voyage romantique à Venise. Et à peine arrivés, ils devaient consoler une blonde en larmes ! Ils étaient si gentils. Ils n’ont pas voulu me laisser seule avec ma peine. Ils m’ont invitée à dîner. Je ne sais pas pourquoi, alors que je ne les connaissais pas, je leur ai tout raconté.
- Tu leur as parlé de moi ?
- Bien sûr, Je n’ai pratiquement parlé que de toi. De toi et de notre projet de bébé. Ils n’ont pas été choqués. Amélie et Grégoire font partie de ces hétérosexuels qui croient que la liberté d’aimer doit être totale quand elle ne viole aucune loi et qu’elle ne fait de tort à personne. Mais j’ai aussi parlé de mon père, de Phénicie, du scandale de la pollution, dont le procès s’ouvrait à Marseille, de notre rupture, de ta disparition. Et là, un miracle s’est produit. Grégoire a découvert le moyen de te retrouver.
- Comment ?
- Grégoire est avocat. Il m’a dit qu’il se faisait fort de connaître les noms de ses confrères qui intervenaient dans l’affaire de la pollution. Il a dit que tes coordonnées devaient se trouver dans le dossier pénal. Qu’il n’y avait plus de secret de l’instruction puisque le procès avait commencé. Le lendemain, il a consacré sa matinée à passer des coups de téléphone. Le soir, je connaissais ton adresse, ton nouveau numéro de portable. Ils figuraient sur le procès-verbal de ton audition à Lille.
- Pourquoi ne m’as-tu pas appelée ?
- Parce que tu vis avec une femme.
- Mais non voyons !
- Tu avais indiqué que tu habitais chez Lise Vandenrosen.
- Mais c’est la propriétaire de la pension de famille où je loge !
- Mais je n’en savais rien. J’ai ressenti une douleur infinie. Et une jalousie infinie. Et j’ai su que je t’aimais toujours puisque je ne supportais pas l’idée qu’une autre te touche. C’est encore Amélie et Grégoire qui ont volé à mon secours. Ils étaient abasourdis par ce hasard miraculeux. Tu vivais dans la même ville qu’eux ! Alors, ils ont pensé à Ludovic.
- Le fameux Ludovic qui est venu à la pension.
- Oui. Grégoire a appelé son frère. Ludovic est venu dans ta rue. Il a découvert la pension. Il a immédiatement appelé pour me rassurer. Comme je ne l’étais qu’à moitié, il a accepté d’y vivre quelques jours en se faisant passer pour un informaticien en déplacement. Je suis désolée de t’avoir fait espionner. Mais il fallait que je sache. Ludovic a merveilleusement joué son rôle. Il a eu la confirmation que tu vivais seule. Il a joué les amoureux transis, comme tu l’as si bien dit tout à l’heure. Lise lui a dit qu’il ne devait rien espérer de toi. Que tu étais toujours amoureuse d’une personne avec laquelle tu avais vécu pendant un an et dont tu venais de te séparer... Je n’ai pas eu trop de mal à deviner qui était cette personne...
- J’ai l’impression que tous les Lillois se sont donnés le mot pour t’aider...
- Oui, c’est vrai. Et j’y ai vu un signe que rien n’était perdu. A mon retour en France, j’ai donné congé de mon appartement parisien et je suis partie à Lille. Je n’étais pas sûre de te reconquérir mais je voulais au moins habiter près de toi. Amélie et Grégoire n’ont pas voulu me laisser seule et m’ont hébergée. Je dors dans leur chambre d’ami. Quand je suis arrivée, je voulais courir vers toi et me jeter dans tes bras. Te supplier de me reprendre. Mais Amélie, Grégoire et Ludovic m’ont retenue. Ils m’ont dit qu’il ne fallait rien brusquer. Alors j’ai attendu. C’était un supplice de te savoir si proche et de ne rien pouvoir faire. Grâce à Ludovic, je savais que tu travaillais comme chef de chantier et que ton employeur n’était autre de Gaston Vandenrosen, le frère de Lise.
- Tu as eu l’idée de me contacter en utilisant Amélie et Grégoire.
- Oui. Ils ont immédiatement accepté. Jamais je ne les remercierai assez de ce qu’ils ont fait pour moi. Pour nous.
- Tu les remercies en les chassant de leur maison.
- Ce n’est pas leur maison, Virginie. C’est la mienne. Tu n’as qu’un mot à dire et ce sera la nôtre.
- Ta maison ? Mais comment ?
- Je t’avais retrouvée et nous allons avoir un enfant. Mais il nous manquait un toit. Je voulais un endroit que tu aimes. Qui te corresponde. Où tu te sentes chez toi. Je ne voulais pas que tu te sentes une étrangère comme dans mon appartement à Marseille. J’ai de nouveau demandé à Amélie et Grégoire de m’aider. Tu connais la suite. Cette maison, c’est moi qui l’ai achetée. Les travaux que tu as faits, c’était pour nous. Les meubles que tu as choisis sont les nôtres.
- L’argent n’était pas un problème. Je comprends mieux. Cet argent, c’était le tien.
- Oui. Pour une fois que l’argent des Frémont sert à autre chose qu’à faire le mal !
- Et la chambre de l’enfant. Pourquoi n’ai-je pas été autorisée à la préparer ? Je croyais que cet enfant était aussi le mien.
- Il l’est Virginie. Il n’existerait pas sans toi. Jamais je n’aurais eu autant envie d’un enfant sans toi. Tant que cet enfant n’est pas né, je ne souhaite pas que l’on prépare sa chambre. C’est de la superstition. Et puis, j’ignore si c’est un garçon ou une fille... Je voulais que l’on découvre son sexe ensemble...
- Il va falloir faire vite quand il va naître !
- Je connais un excellent chef de chantier qui fait des merveilles ! Voilà. Tu sais tout. Tout ne dépend plus que de toi. Vivre ensemble ou séparément. Mais vivre séparées, ce ne serait plus vivre. Je sais que j’avais perdu ta confiance. Tu pensais que je préférais croire ces hommes qui nous ont fait tant de mal. Et tu as préféré fuir. Je ne te donnerai plus de raisons de fuir. Tu pourras tout me dire, je te croirai. Tu pourras me dire que la terre est plate, je te croirai. Que le soleil ne brille que la nuit, je te croirai. Je t’aime, Virginie. Si tous ces mois sans toi m’ont persuadée d’une chose, c’est bien de celle-là. Je t’aime et je te désire plus que jamais.
- Céline. Céline. Je croyais que tu m’avais oubliée. Que tu m’avais remplacée. Je croyais n’être qu’une parenthèse pour toi. Et toi, alors que j’en arrivais à te maudire tant ton absence me faisait mal, toi tu me cherchais. Je devrais me traîner à tes genoux pour tenter d’obtenir ton pardon. Pour ce que j’ai dit et ce que j’ai fait.
- Tu n’as pas à demander pardon. J’ai aussi commis des fautes. Tu ne dois pas t’humilier devant moi. Nous ne sommes plus Céline Frémont, la riche bourgeoise connue de tout Marseille, et toi la petite chef de chantier aux origines modestes. Ici, à Lille, nous sommes à égalité. Seulement deux femmes qui s’aiment et qui doivent construire leur vie. Ensemble et avec leur enfant.
- Céline. Tu sais, parfois, je pensais qu’un jour, peut-être, on se retrouverait. Mais, j’étais décidée à ne pas retourner avec toi. Parce que j’ai souffert et que je craignais de souffrir encore. J’étais décidée à te résister quoi que tu dises. Et même à te détester pour mieux te résister. Et toi, tu me balances tout ça. Je suis incapable de te détester. Et encore moins de te résister.
- Virginie, il ne faut plus penser au passé...
- Je dois tout te dire pour que tu saches tout. Je sais que j’ai eu des mots très durs pour toi. Je voulais brûler mes vaisseaux. Te quitter sans espoir de retour. Mais depuis notre rupture, chaque seconde a été une souffrance. Parce que je n’ai pas cessé de penser à toi, de t’aimer et de te désirer.
- Malgré notre séparation, nous avons vécu les mêmes choses, peut-être au même moment...
- Oui Céline. J’ai vécu pendant ces six derniers mois, comme si j’étais encore avec toi. Parce que je ne voyais que toi. Parce que mon monde c’est toi. Mon père m’avait dit que tu avais disparu. Je t’imaginais avec un homme. Pardonne-moi d’avoir douté de toi. Moi non plus, je ne t’ai pas trompée. Je ne le pouvais pas. Mon corps s’y refusait. C’est vrai que j’ai imaginé que cette maison pourrait être la nôtre. Et j’ai rêvé d’un enfant avec toi. De nouveau, tu m’apportes tout. Alors, oui Céline. Je vais encore tenter ma chance. Parce que moi aussi, j’ai appris une chose pendant tous ces mois. Je t’aime et n’aimerai que toi. Je préfère souffrir par toi et pour toi que sans toi.
- Il n’est plus question de souffrir Virginie. Je ne permettrai à personne de tenter de me séparer de toi.
Virginie se mit à genoux devant Céline.
Elle posa longuement sa joue contre son ventre. Puis elle y déposa un baiser.
Céline, prit le visage de Virginie entre ses mains et l’attira vers le sien.
Leurs lèvres se joignirent.
*
Céline finit par détacher, à regret, sa bouche de celle de son amante. Elle murmura, dans un souffle :
- Virginie, pendant ces six mois, je n’ai pas cessé de penser à toi. Je n’arrivais pas à t’effacer de ma mémoire. Je me souvenais de tes caresses. Du contact soyeux de tes cheveux sur mon ventre et mes cuisses. Du goût de ta peau. De ton odeur. Je fermais les yeux et je te revoyais nue, si belle et si désirable. Ta poitrine. Tes cuisses. Tes fesses. L’envie que j’avais de toi me mordait le ventre. Je me revoyais te faisant l’amour. Tes jambes nouées comme des lianes autour de ma taille. Ta gorge palpitait sous mes baisers. Mes mains pétrissaient tes seins, parcouraient tes reins. Mes doigts caressaient ta chaleur humide. Ils s’insinuaient entre les plis de tes lèvres gonflées. Puis ma bouche, assoiffée, venait boire à ta source. Tu gémissais sous les attaques de ma langue et tu t’offrais toujours plus, t’ouvrant comme une mangue. Et je te buvais. Je goûtais ton sexe. Et toi, tu enfouissais tes mains dans mes cheveux. Tu me guidais sur le chemin de ton plaisir. Et enfin, quand tu te rendais entre mes bras, j’engloutissais ton cri en m’emparant de ta bouche...
- Céline, cesse, je t’en prie. Ces simples mots allument un incendie en moi. Mais, je veux te résister...
- Pourquoi ?
- Tu es enceinte. Je n’ai pas le droit de te toucher...
- Mais non, tu le peux au contraire. Je ne suis pas une idole sacrée ou un sanctuaire dans lequel tu n’aurais pas le droit de pénétrer. L’amour, c’est aussi excellent quand les femmes sont enceintes. Tous les gynécologues te le diront. Il faut simplement prendre quelques petites précautions. Je me sens bien, épanouie. Et... je ne sais pas pour les autres femmes. Mais, chez moi, cet état accroît mon envie de faire l‘amour et attise mon désir. Virginie, réponds à ce désir. Je n’ai rien fait depuis six mois et nos dernières semaines à Marseille, n’étaient pas top... Je ne supporterai pas une minute d’abstinence supplémentaire. Viens...
Céline se leva et prenant la main de Virginie, elle l’entraîna. Elles sortirent du salon, puis empruntèrent l’escalier.
Arrivées devant la porte de la chambre, Céline se retourna.
- C’est notre chambre. Tu l’as décorée exactement comme j’avais espéré que tu le ferais. Quand j’ai visité la maison, j’ai eu la certitude que tu m’aimais toujours. Il y a un peu de nous deux dans chaque meuble, dans chaque objet que tu as choisi.
Elles entrèrent. Virginie referma la porte. Céline l’attendait. Elle lui tendit la main.
- Viens. Fais-moi l’amour.
Virginie s’approcha d’elle et tout doucement commença à la dévêtir.
Elle ouvrit avec précaution la tunique en cachemire et dénuda les épaules de Céline. Elle fit glisser le vêtement le long de ses bras, puis le jeta sur un fauteuil. Elle dénoua la ceinture du pantalon ample qu’elle fit, avec le sous-vêtement, tomber au sol où elle les ramassa. Ils rejoignirent la tunique.
Virginie découvrit le petit ventre rond de Céline, ses seins gonflés aux aréoles bombées. Elle caressa son cou et sa poitrine de ses lèvres. Elle se laissa glisser à ses pieds et, la saisissant par les hanches, approcha sa bouche de son ventre.
Elle embrassa cent fois ce ventre qui portait la vie tout en massant doucement les reins et les fesses de Céline. Céline gémissait et articula une plainte.
- Maintenant Virginie. Maintenant.
Alors, Virginie poussa Céline vers le lit et la fit s’allonger. Elle s’assit à son côté et posa une main sur son ventre qu’elle caressa par effleurements légers.
Puis elle s’empara de sa bouche. Doucement, tout d’abord, puis elles fusionnèrent, trahissant la faim des deux amantes qui mordillaient leurs lèvres avec voracité.
La main de Virginie glissa lentement sur le pubis de Céline. Elle sentit sa moiteur chaude. Tout son corps l’appelait. Alors elle répondit à cet appel.
Elle s’agenouilla devant elle et, écartant les cuisses de son amante, posa sa bouche sur son sexe. Elle laboura le sillon de sa langue. Encore, encore et encore. Jusqu’à ce que Céline, les doigts enfouis dans les boucles brunes, tendue comme un arc sous la violence de son orgasme, retombe sur le lit, frémissante et vaincue...
*
Les deux jeunes femmes sortirent dans le jardin.
Céline s’allongea sur la chaise longue en teck. Virginie prit place à ses pieds.
Elle saisit les mains de Céline qu’elle porta à ses lèvres et les baisa avec cette dévotion que l’on porte aux Vierges à l’enfant dans les églises.
A cet instant précis, les nuages bas qui tourmentaient ce ciel du Nord se déchirèrent, laissant apparaître un soleil éclatant dont les rayons vinrent caresser le couple retrouvé.
*
Quelques jours plus tard, les sons joyeux d’une pendaison de crémaillère résonnaient dans la petite maison de Lille.
Tous les artisans avaient été conviés autour de Céline et Virginie.
Lise et Gaston, Amélie et Grégoire, le mystérieux Ludovic et sa femme, étaient présents.
Fernand, venu en avion depuis Marseille, était là, lui aussi.
Le vieux pêcheur regardait Céline et Virginie, resplendissantes de bonheur. Il ne pouvait détacher ses yeux du ventre de Céline. Il avait décidé de quitter Marseille pour se rapprocher de son petit-fils et de ses deux filles.
Le marin qu’il était n’avait pas peur d’être dépaysé. La mer du Nord était toute proche.
Quant aux gens du Nord, ces anges gardiens qui avaient été les artisans du bonheur de ses filles, qu’ils avaient accueillies, réconfortées, soutenues, ils étaient devenus, comme Virginie, comme Céline, comme leur enfant, indispensables à sa vie.
FIN